Dernière émission (30 mai 2026)
The Plague
Film de Charlie Polinger (3 juin 2026)
Étonnant film que The Plague, autrement dit la Peste qui se déroule dans un camp d’été pour adolescents. À première vue, c’est un film sur des ados, mais très vite il oscille vers une étude de la nature humaine et de l’ostracisme utilisé comme un pouvoir au sein d’un groupe. Il y a d’abord ce premier plan étonnant, caméra au fond de la piscine qui découvre des corps qui plongent et des jambes dans une nuance bleutée, puis la caméra panote du fond de l’eau — où les sons sont assourdis par immersion — jusqu’à la surface comme une sorte d’apparition réelle, d’éclosion des bruits et des paroles.
Bait
Film de Mark Jenkins (3 juin 2026)
Bait est un film à part, un film qui parle d’un travail qui disparaît, d’une société en déliquescence, et, en même temps c’est une réflexion sur le pouvoir du cinéma, ce qu’on peut faire avec des images et des sons. Par exemple, dit‐il, « Qu’est- ce qui va se passer si je fais un saut d’une demi‐heure dans la chronologie. Que se passera‐t‐il si je retarde le son d’une heure en laissant les images au présent ? Il n’existe aucune autre forme d’art capable de donner, au même moment, cette impression de dislocation temporelle et géographique. » On parle des films tirés du quotidien de Mark Jenkin comme étant des films réalistes, mais quel est le lien avec le cinéma ? « C’est quoi le réalisme et c’est quoi le réalisme social ? Pour tout dire, le réalisme c’est la réalité. Mais, bon sang, c’est quoi la réalité ? L’idée de pouvoir aller et venir ici et là – comme le fait notre conscience non linéaire — c’est ainsi que le film devient représentatif de ma personne, d’un certain type d’humanité au‐dessus et en dehors de l’histoire racontée. Et j’espère que c’est ce à quoi les gens sont sensibles plutôt qu’aux détails de l’intrigue ».
Bouchra
Film de Orlan Barki et Meriem Bennani (3 juin 2026)
Bouchra a 35 ans et vit à New York. Cette cinéaste marocaine est littéralement paralysée par l’angoisse de la page blanche. Sa mère l’appelle de Casablanca et cela fait renaître en elle des émotions et des souvenirs mis de côté, en tout cas qu’elle avait sans doute préféré oublier. La forme choisie de l’animation est originale, les personnages étant représentés par des animaux animés en 3D, sur fond de prises de vues réelles. Bouchra est en fait une coyotte…
Leçons kurdes
Les Damnés des montagnes
Azadî (la fabrique)
Entretien avec Azadî
Que sait‐on des populations kurdes divisées en fait entre quatre pays, La Turquie, L’Iran, la Syrie et l’Irak ? Peu, très peu, et d’abord pourquoi cette division artificielle ? D’où vient cette population, quelle est son origine, sa culture, sa langue, son identité ? Le livre de Azadî nous entraîne dans une histoire, une « préhistoire » comme il l’écrit, qui retrace non seulement beaucoup de points ignorés, éludés, falsifiés ou enfouis, mais les Leçons kurdes ouvre aussi à un examen sur les manipulations diverses des puissances occidentales, selon les moments et les intérêts, par rapport à un Moyen Orient ravagé par un colonialisme ouvertement et cyniquement revendiqué, sinon rampant. Néanmoins, à y regarder de plus près, l’identité des Kurdes est « un sujet plus politique que démographique ou historique, qui invite à une réflexion fondamentale sur la notion même de peuple. Toute définition ethnique étant bien entendu à prohiber, on peut définir un peuple à travers ses particularités culturelles, sa (ou ses) langues, sa zone géographique, son histoire, ou encore à partir de cette image, vague mais poétique, de « communauté de destin ».
Toutes mes sœurs
Film de Massoud Bakhshi (3 juin 2026)
Entretien avec Massoud Bakhshiv
De 2007 à 2025, Massoud Bakhshi a tourné toutes les étapes de l’éducation et de la prise de conscience de ses deux nièces, depuis la petite enfance jusqu’à l’université. Dix‐huit ans dans la vie de deux sœurs, puis d’une plus jeune sœur, dans leur quotidien et leur quête de liberté.
En 2020, Massoud Bakhshi présentait Yalda. La nuit du pardon et provoquait avec ce film une réflexion universelle sur l’instrumentalisation de l’émotion et la manipulation de masse. Toutes mes sœurs, bien que différent par sa forme documentaire et intime, semble poursuivre un but proche : apporter une réflexion universelle sur la prise de conscience, l’éducation, et l’émancipation d’une nouvelle génération de femmes en Iran. Le film est une ode aux femmes et rappelle le slogan « Femmes, Vie, liberté ».
La Fabrique du roman national‐républicain
Olivier le Cour Grandmaison (Amsterdam)
Entretien avec l’auteur
Voici un sujet qui soulève d’innombrables questions : de quand date le projet de fabrication ? « Qui sont les promoteurs de ce roman ? Quels sont les mythes qui, hier et aujourd’hui encore, le soutiennent et structurent les représentations et les pratiques des élites dirigeantes, et celles de nombreux clercs devenus […] des scribes consciencieux ? » Et finalement quels étaient les enjeux de fabriquer un roman national‐républicain ? Promouvoir la France comme une nation exceptionnelle, humaniste et sans faille, la nation des Lumières et des Droits humains ? Et quelles en ont été les mutations ? Car on a le sentiment qu’aujourd’hui le roman national tient une place hégémonique dans les discours, remplaçant l’analyse, la crique et le débat risquant de porter atteinte au mythe…