Radio Libertaire (non officiel)

Bulles noires

B.D. et polar

Dernière émission (7 février 2026)

Le poing arme de dieu & La femme qui n’aimait pas Rabbi Jacob. Deux destins romances

Un jour, cette même année, mon père m’annonça : « Demain, tu iras à l’école. » Elle était située dans une grange. Il y avait peu d’enfants et chacun ne venait que quand ses parents n’avaient pas besoin de lui. La maîtresse m’accueillit avec chaleur. C’était une femme « robuste », comme on dit pour être gentil avec les grosses. Son mari était mort, et elle n’avait pas eu la force de reprendre l’exploitation. Du coup, elle éduquait des petits, et chacun des parents lui donnait de quoi manger. À tour de rôle ils venaient s’occuper de son jardin. J’ai regardé tous ces gamins, tous plus petits que moi, même les plus âgés, assis bêtement à écouter une dame parler. Ça m’a paru idiot. Je leur ai dit « je ne reviendrai plus jamais. » Et je suis sorti. Mon père les a fixés à son tour et m’a suivi. J’entendais son rire. Je ne suis plus jamais retourné à l’école. Je ne sais toujours ni lire ni écrire. Mais je sais traquer un animal, me nourrir, ruer un homme et prier Dieu. Cela est bien suffisant.
HUBERT PROLONGEAU‐LE POING ARME DE DIEU‐SEUIL CADRE NOIR.

Après un tel acte de foi, on sait à priori à quoi s’attendre avec ce personnage d’Orrin Porter Rockwell (1813–1878) que le romancier et journaliste Hubert Prolongeau met en scène dans cette « épopée mormone ».
Mais le gaillard nous réserve bien des surprises.

Dans un autre registre, mais toujours avec un personnage ayant existé, Jean‐Philippe Daguerre revient sur la personnalité de Danielle Cravenne, une femme étrange qui défraya la chronique en 1973. En détournant un vol Paris‐Nice, et ce afin d’obtenir l’annulation de la projection du film « les Aventures de Rabbi Jacob » de Gérard Oury, dont son mari, Georges Cravenne, gérait la promotion, Danielle Cravenne n’aura finalement obtenu qu’une balle dans la tête et une dans la poitrine !
De ce drame, l’auteur et metteur en scène, Jean‐Philippe Daguerre en a tiré LA FEMME QUI N’AIMAIT PAS RABBI JACOB, une pièce de théâtre et un roman publié chez Albin Michel.
Alternant les points de vue des protagonistes, on découvre peu à peu ce personnage étrange. Dans l’extrait suivant, c’est Georges Cravenne qui en 1971 raconte une discussion avec sa femme Danielle.
(…) Tout le monde ne parle que de toi, tu éclipses Bardot et Jeanne Moreau
— N’empêche qu’elles sont très sympas, ces deux‐là.
— Elles t’adorent.
— Comme je n’ai jamais vu un seul de leurs films, on discute chaque fois d’autres choses.
— C’est pour cela qu’elles t’adorent. Et vous avez parlé de quoi, samedi dernier ?
— Un peu de tout, de la condition animale, de la pollution dans le monde, de l’émancipation de la femme, de la politique du gouvernement.
— Ah oui ?
— On peut être une femme et avoir des opinions politiques, tu sais.
— Certes, mais avec Brigitte et Jeanne, ce ne sont pas forcément des thèmes que j’aborderais naturellement.
— Finalement, tu es comme tous les hommes : c’est avant tout nos fesses qui vous intéressent.
Je me rattrape aux branches comme je peux.
— Peut‐être mais contrairement aux autres hommes, vos fesses, je ne fais pas semblant de ne pas les regarder quand je les regarde ; et ça m’intéresse aussi de connaitre vos discussions politiques.
—En tout cas, Jeanne et Brigitte partagent tout à fait mes convictions.
— Tu vas pouvoir fonder un parti avec elles.
— Ne me donne pas de bonnes idées, ça pourrait te faire de l’ombre.
JEAN‐PHILIPPE DAGUERRE‐LA FEMME QUI N’AIMAIT PAS RABBI JACOB‐ALBIN MICHEL