Dernière émission (28 février 2026)
Mémoire d’une rebelle des années 60 et Culture de masse en France 1930‐1990
Paul m’avait toujours associée à ses projets d’enfant ; nous avons affronté le monde ensemble comme Batman et Robin. Il considérait peut‐être que mon apprentissage ne cesserait jamais, mais moi, je voulais devenir aussi puissante que Wonder Woman, la seule héroïne que les filles pouvaient admirer à l’époque. De fait, je croyais être Wonder Woman jusqu’à mon long et pénible voyage de retour à Calgary, où ce super personnage m’a déserté et m’a laissé redevenir une jeune fille bien trop vulnérable.
Karen Moller, Mémoires d’une rebelle des années 60, traduit par Lucien d’Azay
Du Canada à Paris en passant par San Francisco, New York ou Londres, Karen Moller, insatiable curieuse, après ses études d’art, va traverser les pays. Elle y croisera la route des acteurs de la contre‐culture américaine, anglaise et française. Mais pas que !
On dévore ce roman d’une jeune fille rebelle qui, comme elle l’écrit, a le chic pour se trouver au bon endroit au bon moment.
Sans doute, puisque elle se retrouve au Beat Hotel à Paris ou au Chelsea Hotel à Londres dans les années 60 où le gratin de la contre‐culture se retrouve. À Paris, elle a des relations (parfois navrantes) avec les poètes de la beat generation Burroughs ou Gregory Corso ; elle copine avec Jean Tinguely, Niki de St Phalle ou Jean‐Jacques Lebel ; elle fera même partie des renforts de jeunes filles destinées à servir de pinceaux humains au cas ou l’une d’elles ne se présenterait pas aux Anthropométries de l’Époque Bleue d’Yves Klein.
À Londres, elle côtoie les Stones, Soft Machine ou Yoko Ono ; en Espagne, elle conçoit des meubles ou des tapis ; à Londres, elle monte une boutique fashion sur Hampstead High Street ou elle vend sa ligne de vêtements, une ligne innovante reproduite ou rachetée par les grands couturiers, avec lesquels elle travaillera finalement.
En 1968, elle est sur les barricades à Paris avec son amie Adrienne Larue, une maoïste détendue ; mais Karen Moller déclare : « Les vrais garants de la démocratie sont les anarchistes. »
Cependant, tout au long de ses rencontres, Karen constate que les hommes, qu’ils soient beatniks ou soixante‐huitards, artistes ou créateurs, ne se sont pas débarrassés de leurs réflexes et cantonnent les femmes à un rôle d’objet sexuel et ménager.
Karen vient nous présenter ses mémoires, qui finiront dans les bonnes bibliothèques, nous n’en doutons pas.
Entre 1930 et 1990, la culture de masse s’impose en France avec l’essor des industries culturelles et l’intensification des liens entre culture et consommation. Que nous apprennent ces transformations, liées à l’augmentation du niveau de vie, à la diffusion des équipements (radio, télévision, électrophone, magnétoscope, etc.), à l’avènement de la société de loisir… ? L’analyse des logiques de production et de diffusion à grande échelle dessine un nouveau portrait de la société française. Celle‐ci est traversée par des aspirations à participer à un monde en mutation où règnent sons, textes et images, mais aussi à en contester les fondements et les centres de pouvoir. L’histoire de la culture de masse éclaire également les relations entre l’État et les médias
Loïc Artiaga et Matthieu Letourneux, La culture de masse en France 1930‐1990, La Découverte
Après Les origines de la pop culture (La Découverte), une étude qui prenait pour socle de réflexion les collections Fleuve Noir et Presses de la Cité pour plonger au cœur du transmédia à la française des années 1945‐90, Loïc Artiaga et Matthieu Letourneux nous reviennent avec cette nouvelle exploration. Matthieu vient nous en parler, et les passerelles entre les deux ouvrages, on l’entendra, sont nombreuses.