Émission du 16 mai 2026
Comme j’ai ri
Je ne supporte pas les lecteurs qui me disent qu’« ils ont ri » avec mes livres, et je déplore amèrement leur attitude. Je l’ai déjà fait oralement ou par écrit toutes les fois que j’en ai eu l’occasion. C’est un agacement persistant au fond de moi ; je peux affirmer sans exagérer que ces commentaires ont empoisonné ma vie d’écrivain. Je me répète, c’est inévitable, car cela est dû au fait que la cause elle aussi se répète, on me dit cela à propos de chaque livre que je publie : Comme j’ai ri, comme j’ai ri. Tous mes livres, tous mes lecteurs. Je ne vais pas m’étendre sur les raisons pour lesquelles j’ai horreur de l’humour en littérature (cela ne regarde que moi), car je pense que même si mes idées à ce sujet étaient différentes, et y compris opposées, la récidive, à présent si prévisible, de cet « éloge », continuerait à n’être qu’une attitude discourtoise, teintée de paternalisme, de dédain et, connaissant mes sentiments, carrément d’agressivité. Lorsque j’évoque cela avec des amis ou des collègues, ils me répondent toujours que mes romans contiennent effectivement des composantes humoristiques et même des blagues, et qu’il est inévitable de rire parce qu’elles fonctionnent, sont efficaces, ingénieuses, originales. Ils me donnent des exemples qui les ont fait rire eux‐mêmes, en leur temps et lorsqu’ils me les citent, parfois moi aussi, tant qu’à y être, je ris.
CESAR AIRA‐LES GUERISONS MIRACULEUSES DU DOCTEUR AIRA ET AUTRES ROMANS (dont COMME J’AI RI)-CHRISTIAN BOURGOIS
Traduit par Serge Mestre
titre original : Como me rei.
Il vous faudra lire la suite de la novella de César Aira, pour savoir pourquoi il n’aime pas qu’on lui dise, concernant ses romans « comme j’ai ri ».
Quant à nous, nous avons dans les studios de la radio, plusieurs auteurs de polars qui s’entendent souvent dire à propos de leurs œuvres « comme j’ai ri ».
On verra avec eux si ça les agace, mais également on percera les secrets et le processus d’écriture des auteurs « rigolos ».
Avec PASCALE DIETRICH, l’autrice de L’AGENT (Ed. Liana Levi), ou encore les Mafieuses (toujours chez Liana Levi) :
Pour être sure de ne pas trainer au lit, Dina réglait le radio réveil sur une station qui passait exclusivement de la musique pourrie. Ce matin, c’était Gold et elle bondit pour couper le son.
PIERRE MIKAÏLOFF qui publie MORGANE (Ed. Héliopoles).
— Bonjour maman ! Je te présente l’homme que je m’apprête à tuer.
En fait je n’ai pas vraiment prononcé cette phrase, vu que les présentations étaient faites depuis longtemps. Et puis dans ce genre de circonstances, on a l’esprit occupé à autre chose qu’à formuler des bons mots pour la postérité.
SEBASTIEN GENDRON dont le dernier roman CHIENS vient d’être publié par Gallimard dans la collection La Noire.
Il lance un coup d’œil circulaire à son équipe comme si il cherchait tout de même un peu d’approbation ne serait‐ce que pour plus tard, lorsqu’il faudra rendre des comptes devant une cour de justice et qu’il sera hors de question que ce soient les chefs de service qui trinquent. Ça, les trois équipiers de Kempf le savent très bien qui tous fuient ce coup d’œil panoptique
Durant cette émission, on pourra écouter les chansons qui amusent nos invités :
Boris Vian (Je Bois) et Philippe Katerine (La Banane) pour Pascale D.
Au Bonheur des Dames (Ego Dames) et Jacno (Le Sport c’est de la Merde)pour Pierre M.
Dogs (Jenny Jane) et Stupeflip (35 Animaux Morts) pour Sébastien G.
ON VA RIRE !